Moyens et méthodes

En réponse à la problématique exposée, la démarche originale (et inégalée en France à ce jour) développée dans le cadre du projet ALeRT a porté, jusqu’ici, principalement sur le littoral Manche-Atlantique de la France métropolitaine avec des développements plus récents sur d’autres secteurs de la façade atlantique de l’Europe (Royaume-Uni et Espagne). L’objectif général du projet ALOA est d’exporter outre-Atlantique les acquis, outils, et expérience sur ce sujet, vers les îles caraïbes, également touchées par divers aléas climatiques (notamment les cyclones) et anthropiques (en particulier du fait de leur attrait touristique).

Le processus passe par la réalisation d’un état sanitaire du patrimoine culturel côtier (identification de la nature des sites, de leur valeur patrimoniale et culturelle des types de menace, etc.), l’évaluation des solutions à proposer en réponse à ces menaces et l’adaptation des outils de réponse au contexte local (en termes de gestion intégrée des zones côtières), notamment la mise en place d’un processus de science participative et d’action citoyenne.

La démarche repose sur une approche novatrice impliquant, d’une part, un développement ciblé des connaissances scientifiques dans un domaine précis et, d’autre part, une sensibilisation et une implication des communautés dans une démarche de science participative, selon le processus suivant (voir Fig 4) :

– identification des sites menacés (« preservation by record »);

– évaluation de leur vulnérabilité;

– aide à la décision des gestionnaires (priorisation des actions et du choix des sites);

– mise en œuvre d’actions plus approfondies sur les sites/secteurs prioritaires;

– communication des résultats à la communauté scientifique et civile, sensibilisation et sollicitation du public;

Figure 4 – résumant l’approche et les objectifs du projet ALOA

Ce projet bénéficie d’une méthodologie élaborée dans le cadre d’ALeRT par une équipe interdisciplinaire (archéologues, historiens, spécialistes des paléoenvironnements, géologues, géographes et géomorphologues). Les outils ont déjà fait l’objet de tests d’adaptabilité, en Espagne et au Royaume-Uni, ce qui constitue un gain de temps et d’argent dans le cadre du présent projet ALOA. Cette interdisciplinarité s’enrichira d’un apport conceptuel sur le plan juridique en termes d’adaptations aux changements climatiques par l’intervention d’une juriste et d’une spécialiste de la gestion des risques littoraux et des politiques publiques.

Ce projet combine des observations et la collecte d’informations sur le terrain, la gestion des données, la sensibilisation des communautés (en amont et en aval des observations).

L’acquisition des données s’organise en échelles emboîtées où :

– l’ensemble de la zone d’étude (îles françaises des Caraïbes) sera considéré dans l’approche des phénomènes globaux d’évolution littorale (travail d’inventaire et d’observation en réseau, gestion via une base de données interactive dédiée) ;

– des zones tests permettront d’approfondir l’analyse de la vulnérabilité (travail de prospection systématique sur le terrain et relevés à effectuer par des spécialistes en lien avec les gestionnaires locaux, équivalents du Conservatoire du Littoral en particulier), en lien avec les autorités compétentes. Pour la Guadeloupe, nous avons d’ores et déjà identifié le secteur du Grand Cul-de-Sac Marin, d’une part, les cimetières de la période coloniale en particulier celui de la plage des Raisins Clairs à Saint-François, ainsi que l’île de Saint-Martin. Pour la  Martinique, les sites restent à définir.

– enfin, au sein de ces zones, des sites particuliers seront retenus pour des études de terrain plus approfondies, soit dans le cadre de prospections géophysiques systématiques soit dans celui de sondages archéologiques et analyses paléoenvironnementales. Dans ce dernier cas, le choix se portera prioritairement sur des sites menacés de disparition à court terme et présentant un fort potentiel scientifique.

Ces opérations nécessiteront les autorisations des propriétaires et des autorités locales et l’ordre de traitement de ces sites sera défini en fonction des résultats de l’analyse des urgences (vulnérabilité) dans les zones tests.

Pour sa conduite, ce projet impliquera la mise en œuvre des moyens suivants :

  •  Acquisition de données

– exploitation des données existantes (chercheurs, Ministère de la Culture…), études documentaires;

– prospections pédestres, aériennes, géophysiques (prospections magnétiques, électriques, radar…);

– relevés (drone, photogrammétrie, laser 3D), sondages archéologiques, fouilles, prélèvements;

– base de données interactive et applications pour smartphones et tablettes, grille d’évaluation de la vulnérabilité.

  • Gestion des informations et analyses des données (analyse et modélisation)

– exploitation et alimentation de bases de données;

– traitement et analyse des mobiliers archéologiques (artefacts);

– analyses paléo-environnementales des écofacts des échantillons prélevés (analyses malacologiques, anthracologiques, dendrologiques…);

– traitement des données par SIG (Systèmes d’Information Géographique des données) et élaboration des cartes.

  • Sensibilisation et communication

En amont : Contact direct avec les autorités locales, envoi d’un document de présentation du projet et de sensibilisation, invitation à participer à l’inventaire des sites ;

– Organisation de stages d’information et de formations ;

Pendant le projet et en aval : conférences publiques sur le projet et la problématique, présentations en direction des scientifiques dans des colloques nationaux, et internationaux.