Contexte local

Dans le contexte local des îles des Antilles, nos connaissances des anciens peuplements sont très majoritairement issues de sites côtiers (fig. 1 et 2). L’intérieur des terres étant généralement plus difficile à appréhender et moins urbanisé, il faut donc considérer que la bande côtière (terrestre et sous-marine) est donc notre principale source d’information sur l’occupation humaine de ces territoires, mais aussi sur l’évolution environnementale du milieu, au moins sur les derniers millénaires. Ainsi, par exemple, en Guadeloupe,

les fonds du Grand Cul-de-Sac Marin ont livré une importante quantité de vestiges lithiques précolombiens qui pourraient résulter d’anciennes occupations  dont les vestiges ont été affectés par une submersion marine de cette zone au fil des siècles passés.

Ces territoires sont soumis à des changements continus, aggravés par les événements climatiques extrêmes que sont les cyclones et tempêtes tropicales. Ainsi, la collectivité d’outre-mer de Saint-Martin a décidé de lancer une opération de prospection systématique de ses côtes dans le cadre d’un suivi consécutif au cyclone IRMA en septembre 2017 (menée par C. Henocq).

Autre exemple emblématique de l’archéologie de la période coloniale, le site de la plage des Raisins Clairs à Saint-François (Guadeloupe) pose toute la problématique d’une gestion complexe : sur ce lieu touristique très fréquenté en limite d’un espace urbanisé, l’érosion de la plage livrait régulièrement des ossements humains (cimetière d’esclaves), avant les travaux de protection réalisés en 2016 par le service régional de l’archéologie de Guadeloupe.

La situation du patrimoine culturel dans les Antilles françaises a été parfaitement décrite par C. Stouvenot [1] :

« Répondre à la demande de connaissance du public est un enjeu sans doute plus sensible aux Antilles qu’ailleurs. L’histoire très particulière de ces îles implique une soif de la population de mieux connaître les peuples précolombiens, disparus mais perçus comme des ancêtres, même si la filiation biologique est ténue, mais dont la culture a été en partie transmise et a contribué à la culture créole. Il est également crucial de mieux comprendre le drame de la période de l’esclavage dont sont issus la plupart des Antillais. L’archéologie documente cette histoire, mais elle fournit également la matérialité sensible et parfois chargée d’émotion des objets archéologiques issus des fouilles. » (p. 10).

Figure 1 – La Caraïbe, les Grandes et les Petites Antilles (d’après Bonnissent et al., 2017) [2]
Figure 2 – Carte des sites amérindiens des îles de Guadeloupe (d’après Delpuech, 2007) [3]

[1] Stouvenot C., 2013 – Lettre à l’attention de la commission d’évaluation scientifique, économique et sociale du dispositif d’archéologie préventive, (CESESDAP) : situation dans les Antilles françaises et propositions.

[2] Bonnissent D., Serrand N., Bruxelles L., Fouéré P., Grouard S., Sellier-Ségard N., Stouvenot C. 2016. « Archéoécologie des sociétés insulaires des Petites Antilles au Mésoindien. L’enjeu des ressources à Saint-Martin ». In Dupont C., Marchand G. (dir.), Archéologie des chasseurs-cueilleurs maritimes. De la fonction des habitats à l’organisation de l’espace littoral, actes de la séance de la Société préhistorique française de Rennes (10-11 avril 2014). Paris, Société préhistorique française, pp. 213-260.

[3] Delpuech A. 2007. « Archéologie amérindienne en Guadeloupe. Autour de la création d’un service régional dans un département d’outre-mer ». Les nouvelles de l’archéologie, 108-109, pp. 10-19.