Contexte Scientifique

Les littoraux ont connu, au fil des dernières décennies, une évolution rapide et contrastée, qui touche les espaces naturels ainsi que les zones habitées, avec des conséquences sur la vie économique (tourisme, activités littorales) et civile (risques sur les zones d’habitation, submersion, érosion…). Cette vulnérabilité littorale touche toutes les formes de « patrimoine », naturel et culturel. La capacité de résilience des milieux affectés et des patrimoines soumis aux aléas est inégalement partagée : certaines formations naturelles (dunes par exemple) ou écosystèmes peuvent se régénérer après des épisodes climatiques brutaux. En revanche, le patrimoine culturel, qu’il s’agisse d’un gisement préhistorique, d’un établissement amérindien, d’un bourg ou d’un cimetière de la période coloniale, n’a pas cette capacité de résilience et les destructions y sont définitives.

L’évolution actuelle du littoral s’inscrit dans le prolongement de mécanismes qui, pour certains, remontent assez loin dans le temps. Grâce aux données archéologiques, paléo-environnementales et paléo-climatiques, nous savons désormais que certains facteurs d’évolution littorale sont pluriséculaires voire plurimillénaires, telle la remontée post-glaciaire du niveau marin et ses conséquences (érosion, variation du trait de côte, submersion, etc.). L’archéologie (lato sensu) apparaît donc aujourd’hui comme l’une des disciplines susceptibles d’illustrer les changements littoraux non seulement sur la (très) longue durée, mais aussi à diverses échelles temporelles (millénaire, siècle, décennie) et, par la même, de mieux appréhender les mécanismes et de comprendre les phénomènes passés, puis de fournir des supports tangibles à une réflexion sur les scénarii à venir.

La problématique centrale est donc ici le futur d’un patrimoine littoral hautement vulnérable, menacé par les effets des changements climatiques et de la pression anthropique et pourtant porteur de valeurs scientifiques (archéologiques et paléoenvironnementales), culturelles et mémorielles. Parmi ces sites menacés, certains ont une importance scientifique internationale.

La problématique du devenir de ce patrimoine côtier concerne à la fois les scientifiques (perte de données), les gestionnaires du patrimoine culturel, services de l’état et collectivités (perte de monuments et de patrimoine), les gestionnaires du territoire et des espaces naturels, Conservatoire du Littoral, parcs nationaux (intégration de sites patrimoniaux dans les espaces en gestion), mais aussi les services et organismes en charge du tourisme. Face à la très grande difficulté, voire dans nombre de cas, l’impossibilité de protéger physiquement chacun de ces sites, la société doit faire appel à sa créativité pour apporter d’autres types de réponses scientifiques, conceptuelles, mais aussi pragmatiques.